[Les Ateliers CLIMAT] L'éclairage privé
Comment mettre en place une stratégie d'éclairage privé ? Quels moyens pour inciter les copropriétés, commerces, entreprises à agir afin de réduire les consommations et protéger la biodiversité nocturne ?
Pour de nombreuses communes, le mandat 2020-2026 a été marqué par un travail important sur l'éclairage public : extinction en cœur de nuit et/ou abaissement de puissance, rénovation des points lumineux en LED, suppression de mâts, températures de couleur adaptées à la protection de la biodiversité...
L'enjeu pour les communes est désormais de se tourner vers les acteurs privés (copropriétés, commerces, entreprises) pour les inciter à agir sur leurs éclairages extérieurs, afin de réduire les consommations énergétiques et protéger la biodiversité nocturne.
L’atelier climat du 28 mai 2026 a réuni une quinzaine de participants issues de collectivités et d’entreprises du territoire Métropolitain.
La première partie a été consacrée aux éléments de définition, enjeux et aspects réglementaires. A plusieurs voix, France Nature Environnement Isère, Grenoble Alpes Métropole et les PNR de Chartreuse et du Vercors ont également présenté les actions qu’ils ont pu mener ensemble ces dernières années dans le domaine de l’éclairage public et privé.
Les deux parties suivantes ont permis d’échanger autour de deux retours d’expérience : une étude vue du ciel conduite avec l’association Auroralpes sur la ville de Meylan, et l’accompagnement d’une copropriété avec FNE38 à Vaulnaveys-le-Haut.
La notion de pollution lumineuse, ses impacts, et la réglementation
L’excès nocturne de lumière généré par l’éclairage artificiel génère des nuisances : observation des étoiles, gaspillage énergétique dans le domaine public (30 à 40% du budget communal avant la crise énergétique) et dans le domaine privé (jusqu’à 60% de la consommation d’électricité des commerces et 30% pour les copropriétés). Ce phénomène a aussi des impacts sur la faune et la flore (désorientation des insectes et animaux, rythme de croissance des plantes…) mais aussi sur la santé humaine (dérèglement hormonal, impact sur le sommeil et l’humeur, la vue, maladies cardiovasculaires…).
Sur les effets de la pollution lumineuse nocturne sur la santé de la faune sauvage, consultez cette étude du CNRS.
La réglementation nationale depuis 2018 impose des contraintes techniques importantes - heures d’éclairage, orientation, puissance et température de couleur des points lumineux. Le règlement local de publicité intercommunal (RLPI) sur la Métropole, ainsi que les prescriptions locales dans les PNR, viennent renforcer le cadre réglementaire national pour lutter contre la pollution lumineuse. Néanmoins, cette réglementation est peu connue et donc peu respectée, notamment dans le domaine privé (entreprises, commerces, copropriété).
Le pouvoir de police du maire est un levier pour réduire la pollution lumineuse sur une commune, qui peut être réalisé via la police municipale (contraventions possibles allant de 150€ à 3000€ pour une personne physique et jusqu’à 1500€ par nuit pour une personne morale). Encore trop difficilement mis en œuvre dans les communes, d’autres leviers sont disponibles pour améliorer la situation.
C’est le cas des actions qui ont été menées conjointement par Grenoble Alpes Métropole, FNE 38, les PNR de Chartreuse et du Vercors, et Espace Belledonne : diagnostic à l’échelle communale ou sur des copropriétés ou zones économiques, apports d’informations auprès de copropriétés et commerces ou entreprises, mais aussi campagnes de sensibilisation des habitants pour acculturer la population au sujet et aux actions conduites sur leurs lieux de vie.
« Tout reste encore à faire » sur le sujet de la pollution lumineuse dans le domaine privé. Les initiatives sont récentes, nécessitent l’implication d’une multitude d’acteurs, et du temps !
Autres, bon à savoir :
- FNE et GAM proposent des ateliers d’acculturation des nouveaux élus à la thématique de la pollution lumineuse ; contacter Annaëlle Deville
- FNE propose des affiches et expositions sur le sujet ; contacter Annaëlle Deville
- Le PNR de Chartreuse finance l’accompagnement des communes de leur périmètre à la sensibilisation des privés ; contacter Sophie Roy
- Le PNR de Chartreuse et le PNR de Vercors disposent chacun de leur guide pratique sur la thématique : guide côté Chartreuse et guide côté Vercors
- Votre commune peut être labellisée Villes et villages étoilés, se renseigner sur le site de l’ANPCEN
- Retrouvez via les liens suivant le Schéma Directeur Aménagement Lumière de la Métropole et le Règlement Local de Publicité Intercommunal
Une étude « vue du ciel » - retour d’expérience sur la ville de Meylan
De manière générale, les cartes de pollution lumineuse existantes à ce jour résultent de dispositifs assez coûteux (passage d’avion, satellite…), et apportent une information partielle de la pollution lumineuse. En effet, il s’agit de photographies à instant t pour une nuit complète. Auroralpes, association de recherche et de médiation scientifique, développe une méthode alternative permettant d’observer la pollution lumineuse et ses évolutions au cours de la nuit. En parallèle, la ville de Meylan cherche à évaluer les impacts des actions conduites par la commune sur l’extinction nocturne et la pollution lumineuse actuelle sur la commune.
En 2025, Auroralpes teste sa méthode novatrice sur la commune de Meylan. Elle consiste à photographier depuis les sommets alentours la commune à intervalles réguliers au cours de la nuit. Par traitement d’image, puis recoupage avec de la cartographie communale (occupation des sols, trames vertes et bleues, points lumineux), il est possible de mettre en évidence des zones à enjeux / des points critiques concentrant la pollution lumineuse. 83% des points lumineux ont pu être observés (une partie reste masquée par des immeubles ou des arbres). Ces prises de vues sont complétées par l'enregistrement de données depuis un capteur positionné sur le toit de l'Hôtel de Ville de Grenoble. Les résultats ont ensuite été mis à disposition de la commune pour qu’elle puisse entreprendre les actions les plus pertinentes.
Ainsi, cette étude permet de savoir qu’environ 45% de la pollution lumineuse observée est à attribué au parc privé. En outre, les pollutions lumineuses privées et publiques n’ont pas les mêmes dynamiques au cours de la nuit.
Côté Auroralpes, la méthode et l’Observatoire de la Pollution Lumineuse des Alpes (OPLA) sont en cours de consolidation. Pour Meylan, à ce jour, les résultats ont découlé sur un repérage complémentaire par la police communale, notamment pour identifier les lampes boule. Sur ces critères, une vingtaine de sites privés sont aujourd’hui « hors la loi ». Des discussions ont été entreprises avec les acteurs privés des autres zones critiques observées.
Les échanges entre pairs révèlent des difficultés à aller vers les acteurs privés : autres priorités que celle de la pollution lumineuse à résoudre dans les discussions entre la mairie et l’acteur privé, acteur privé parfois prêt à payer une contravention pour rester éclairé et être visible, temps pour identifier et réunir les bon interlocuteurs dont le responsable de site, démarches complémentaires à entreprendre pour s’assurer que l’éclairage du domaine privé n’est pas justifié (horaires de travail, sécurisation de l’activité, accès PMR…).
Accompagnement d’une copropriété à Vaulnaveys-le-Haut
Situé dans le périmètre de l’Espace Belledonne, proche de la nature, la commune s’est fortement engagée depuis 2017 sur l’éclairage et la pollution lumineuse. Tout le parc d’éclairage public a été rénové en LED entre 2017 et 2026 et l’extinction en cœur de nuit a été mise en place. Avant de passer au sujet de l’éclairage privé, la commune avait besoin de se sentir assez exemplaire sur l’éclairage public. C’est donc en 2025 que la commune sollicite l’accompagnement de FNE pour travailler sur l’éclairage privé.
Après des premières rencontres entre la Métropole, la ville et FNE, une dizaine de copropriétés anciennes sont ciblées pour bénéficier d’un diagnostic (nombre et type d’éclairage dans la copropriété, températures de couleur, orientation) suivi d’une restitution en mairie. Des solutions adaptées sont alors proposées, et une suite au diagnostic envisagée. En effet, l’inertie des décisions et actions dans la copropriété nécessite un accompagnement sur le temps long : relances, rappels, conseil technique pour le remplacement…
Autres, bon à savoir :
- Les copropriétés les plus récentes ne sont pas celles qui génèrent le moins de pollution lumineuse
- Acceptabilité de la population face à l’extinction de l’éclairage : celle-ci se travaille, parfois sur du temps long. Pour faciliter l’acceptabilité, les conseils sont de prévenir la population et présenter l’opération comme une démarche de test, évaluer l’opération en tenant compte des avis des habitants, et ajuster. Retour d’expérience de Domène : des courriers ont été envoyés aux habitants de certains lotissements pour avoir un avis sur l’extinction. Plusieurs quartiers/rues ont été éteintes car les habitants se sont avérés favorables.
- L’extinction nocturne n’implique pas plus de délinquance en ville. Lien vers une étude qui le démontre : "The Dark Night Rises : The impact of switch-off policies on crime", Chloé Baudet
- Financement de la rénovation de l’éclairage privé : des CEE peuvent être demandés mais difficiles à obtenir. Certaines communes ont budgétisé un fond d’aide pour la rénovation de points lumineux, conditionné à certaines références techniques. La commune de Claix a notamment aidé la rénovation des éclairages extérieurs en copropriété depuis 2014 : cette aide ciblait initialement les lampes à vapeur de mercure, dont la vente est interdite depuis 2015. Le montant de l’aide était de 100€ par point lumineux pour des lampes LED, qui doivent être équipées d’un système de gradabilité, et avoir une température de couleur maximum de 2700°K.
- A partir de 2027, il n’y aura plus de vente de lampe hors LED
Les contacts des intervenants
- Grenoble Alpes Métropole – Stéphane Gusmeroli, Service Éclairage public / Pôle proximité et espaces publics, stephane.gusmeroli@grenoblealpesmetropole.fr
- France Nature Environnement Isère – Anaëlle Deville, Chargée de mission eau et biodiversité, annaelle.deville@fne-aura.org
- Parc naturel régional de Chartreuse – Sophie Roy, Chargée de mission transition énergétique, sophie.roy@parc-chartreuse.net
- Parc naturel régional du Vercors – Emmanuel Jeanjean, Chargé de mission transition énergétique, emmanuel.jeanjean@pnr-vercors.fr
- Auroralp - Quentin Daveau, Gestionnaire de projet et médiateur scientifique, quentin.daveau@auroralpes.fr
- Meylan - Augustin Gamot, Chef de projet Climat Energie, augustin.gamot@meylan.fr
- Commune de Vaulnaveys-le-Haut – Yann Echinard, Conseiller municipal, yann.echinard@vaulnaveys-le-haut.fr