3 questions à Christine Oriol, chargée d’études & Observatoire Plan Climat à la Métropole

3 questions à Christine Oriol, chargée d’études & Observatoire Plan Climat à la Métropole

Santé, environnement, îlots de chaleur Plantation, végétalisation et désimperméabilisation

Dans le cadre de la révision du Plan Climat, l’un des défis du volet adaptation concerne les fortes chaleurs. De nombreux travaux sur l’augmentation de la chaleur sur le territoire élargi de Grenoble Alpes Métropole liée au changement climatique et ses impacts ont été réalisés ces dernières années grâce à un écosystème universitaire et scientifique particulièrement favorable et des collectivités motrices.

Comment la Métropole monte en compétences sur le sujet ? Quels indicateurs sont étudiés ? Comment les communes et les partenaires du Plan Climat sont associés ?

Etat des lieux avec Christine Oriol, chargée d’études & Observatoire Plan Climat à la Métropole.

Vous travaillez depuis quelques années sur les Ilots de chaleur urbain1. Quelles avancées ont été faites ces derniers mois ?

Les travaux initiés depuis quelques années se poursuivent et nous continuons à monter en compétences sur le sujet.
La carte des ilots de chaleur urbain (ICU) de la Métropole a été publiée en 2024. Elle est accessible par les communes de la métropole grenobloise et le grand public. Elle a permis d’identifier les zones potentiellement impactées par les phénomènes d’îlots de chaleur urbains (ICU) et de pointer la nécessité d’aménager ces espaces pour atténuer l’effet ICU. La cartographie des ICU est relativement robuste mais ne sont pas à utiliser à une échelle très fine. Un travail a été mené avec des étudiants de l’IUGA sur l’année universitaire 2025-26. L’objectif était d’aller plus loin dans la compréhension du phénomène. On s’est rendu compte que le phénomène des ICU peut varier sous l’influence du vent, et des modèles utilisés. Les zones des ICU peuvent ainsi se déplacer un peu sous couvert d’une brise. Face aux enjeux de la chaleur, l’enjeu est bien d’aménager toute la ville, tout en veillant à faire le maximum pour réduire les ICU.
Ces travaux nous ont permis de prendre de la hauteur sur la donnée ICU, dont les comportements sur le long terme, à l’horizon 2050, font débat et ne font pas toujours consensus dans la communauté scientifique.

L’ICU est souvent la première entrée pour étudier la chaleur dans la ville. En étudiant le sujet, nous nous apercevons de l’importance d’élargir la focale. D’autres indicateurs doivent être étudiés en parallèle, comme celui du stress thermique, qui est une entrée essentielle pour comprendre l’habitabilité future des zones urbaines.

D’autres indicateurs comme l’indice de vulnérabilité au stress thermique sont en cours d’étude. En quoi consiste-t-il ?


Nous travaillons actuellement sur des indicateurs liés au stress thermique, c’est-à-dire la température ressentie par un corps humain pendant la journée (qui prend en compte la température de l’air, mais aussi la vitesse du vent, l’humidité et la radiation directe et indirecte du soleil). L'indice de vulnérabilité au stress thermique prend en compte trois paramètres principaux : l'exposition, la vulnérabilité et le danger. Cet indicateur nous indique à quelles extrêmes de températures les personnes peuvent être sensibles pendant les périodes de fortes chaleurs.
Ces indicateurs sont à croiser avec des données socio-économiques pour identifier notamment les personnes les plus vulnérables et veiller à ce que les projets d’aménagement améliorent leur situation. La notion de vulnérabilité est polysémique. Faire des croisements à des mailles géographiques très fines, sur un scénario climatique très précis, peut amener à oublier des personnes. Des travaux de la Métropole de Nantes ont par exemple montré que les personnes les personnes les plus vulnérables aux fortes chaleurs étaient des parents avec jeunes enfants, qui ne dorment pas assez et qui en période de fortes chaleurs, ne peuvent pas se reposer la nuit. Une personne sportive par exemple qui pratique une activité physique en période caniculaire peut aussi rapidement devenir vulnérable à la chaleur.
Les résultats de ces études en cours nous permettront de d’avancer sur la question de l’habitabilité et de l’aménagement de parcours fraicheur (aménagement d’arbres ou d’ombrières pour circuler à l’ombre par exemple) ou lieux refuges, pour protéger les populations et leur permettre de poursuivre leurs activités en cas de fortes chaleurs.

Comment associez-vous les communes à vos travaux et les partenaires du Plan Climat ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec des communes pionnières sur le sujet comme Grenoble, avec le projet Cassandre et Échirolles qui a été la première commune à commencer le travail sur les ICU. Les travaux universitaires se font en lien avec les communes, pour creuser la question des ICU et des vulnérabilités. Un projet européen est en cours de finalisation ; il vise à évaluer les projets d’aménagement et leur capacité à rafraîchir l’environnement (hauteur des bâtiments, vent, aménagement de l’espace public, ) à travers un cas d’étude, GrandAlpe.

Nous menons actuellement une réflexion pour structurer la réflexion à l’échelle du territoire, avec tous les acteurs concernés (communes, métropole, centre technique, CHU…). Le 16 novembre, une journée sera dédiée à la question de la chaleur, avec le but d’acculturer l’ensemble du territoire aux travaux universitaires ou des collectivités déjà produits. C’est un temps d’échanges entre les sphères scientifiques, publiques et socio-professionnelles, autour de retours d’expérience. L’objectif de cette journée est d’apporter des connaissances et monter en compétences sur le sujet, pour une approche territoriale intégrée.

Ce sujet est étroitement lié à la politique de désimperméabilisation et le plan canopée de la Métropole, dont une journée d’échanges est prévue lors du Forum de l’eau dans la ville le 20 novembre prochain.

Notre ambition, à travers ces multiples études, est double : maintenir une métropole habitable et protéger les populations les plus vulnérables.


Les dates clés à noter

1Ilot de chaleur urbain, définition de l'ADEME

L'îlot de chaleur urbain (ICU) désigne l'écart de température observé entre les zones urbaines et leur environnement rural, les villes étant généralement plus chaudes en raison de leur morphologie, de leurs matériaux et des activités humaines (ademe)


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