3 questions à Laurent Deslattes, chargé de mission numérique à la Métropole

Numérique responsable
Conformément à la loi, la Métropole s’est dotée d’une feuille de route numérique responsable en septembre 2025. Elle précise notamment la façon dont la Métropole peut réduire, par ses actions, l'impact environnemental du numérique mais aussi accompagner la filière du réemploi sur le territoire.
Que contient la feuille de route numérique responsable de la Métropole ?
Pour rappel, le numérique, c'était déjà 4,4 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde en 2022, plus que le transport aérien. Surtout, c’est le seul secteur qui pourrait voir ses émissions doubler d’ici à 5 ans, du fait notamment du développement des data centers porté par le boom de l’IA générative.
La Métropole a souhaité profiter du travail autour de la mise en œuvre de la loi REEN pour, au-delà des enjeux environnementaux, engager une réflexion plus globale sur les dimensions sociales, sociétales et éthiques du numérique.
Le territoire métropolitain est riche de nombreux acteurs qui œuvrent, parfois depuis de nombreuses années, chacun à leur manière pour rendre le numérique plus responsable. L’un des enjeux pour la Métropole est d'abord de promouvoir, soutenir et mettre en lien ces initiatives.
L’accompagnement des publics mais aussi la conservation d’alternatives au numérique, la reprise du contrôle sur les usages par exemple à travers la mise en place de chartes sur l’Intelligence Artificielle et la production de communs numériques (plateforme open-data) font partie des chantiers phares qui constituent cette feuille de route, imaginée à l’échelle du territoire. Avec les communes, elle a fait l’objet de présentations auprès des directeurs et responsables informatiques ainsi que du réseau des accueils, ou bien encore des médiathèques.
Les communes mettent d’ailleurs en œuvre de nombreuses initiatives intéressantes, autour de l’utilisation de logiciels libres pour résister aux Gafam, de propositions alternatives au tout numérique ou encore d’accès à des postes informatique en accès libre ou accompagné dans les maisons des habitants…
En 2026, nous continuerons à partager cette feuille de route et à sensibiliser les agents et plus globalement les acteurs et habitants de la Métropole sur le numérique responsable.
Un des chantiers 2026 porte sur la gestion des déchets électroniques. En quoi consiste-t-il ?
En France, la production des équipements pèse pour 70 % dans le bilan carbone du numérique (30 % concerne les usages) dont à peine plus de 20 % sont correctement collectés et recyclés, .
Que faire des machines après 5, 6 ou 7 ans d’utilisation ? En particulier de celles qui peuvent encore servir ? C’est l’un des sujets partagés par les responsables informatiques des communes et des acteurs privés.
Le chantier sur lequel nous travaillons concerne la massification de la collecte des appareils. En 2026, nous allons essayer de structurer une filière locale du réemploi d’équipements électroniques, pour proposer à l’ensemble de ceux qui gèrent des parcs informatiques de prolonger la durée de vie de leurs équipements en leur donnant une seconde vie.
L’idée est à minima de proposer un point de collecte aux acteurs, au pôle R par exemple, ou aller plus loin en proposant des boucles de collecte mutualisées dans plusieurs points de la Métropole. Une fois cette collecte faite, nous pourrions nous appuyer sur les acteurs du remploi dont Emmaüs Connect et d’autres acteurs privés pour procéder au tri des équipements, à l’effacement des données et aux mises à jour.
Quelle est la politique de la Métropole en matière d’IA ? Avez-vous déjà mis en œuvre des projets ?
On ne peut pas parler d’IA sans parler des données. L’un des enjeux est de mieux partager, structurer et sécuriser la donnée publique.
La Métropole a mis en place une plateforme qui relève du périmètre de l’opendata, avec la Ville de Grenoble et le SMMAG. Une dizaine de communes mettent à disposition des jeux de données sur des sujets aussi variés que les points d’éclairage public, les menus de restaurants scolaires, les statistiques des prénoms. Ces données répondent aux besoins des acteurs économiques, associatifs, culturels. En complément, une trentaine de données cartographiques, élaborées pour le PLUI, sont à disposition des communes via un portail dédié.
Ce partage de données entre la Métropole et les communes permet une meilleure connaissance du territoire et renforce la transparence de l'action publique.
Depuis fin 2025, une IA générative est proposée aux agents de la Métropole. Sécurisée, autohébergée, c’est un outil « bac à sable souverain », qui a été développée pour éviter le Shadow IT, c’est-à-dire l’utilisation d’outils en dehors de ceux mis à disposition par la DSI. Cette IA permet de contrôler la donnée qu’on rentre dans les prompts, pour notamment protéger les données confidentielles de la Métropole. Elle permet aussi d’intégrer ses propres corpus d’entraînement et bases de connaissance, pour avoir des réponses au plus près des réalités d’un métier ou du terrain. Une charte encadre son usage et favorise les bonnes pratiques.
Nous en sommes encore au stade de l’expérimentation. Au-delà de l’utilisation de l’IA pour générer du texte, l’IA générative pourrait nous servir dans nos métiers et faciliter notre connaissance dans de nombreux domaines : création de modèles météorologiques, optimisation des systèmes énergétiques, analyse des besoins sociaux, place de la nature dans la ville ou données sur l’artificialisation des sols par exemple.
L’IA permet par exemple de transformer une image satellite en data. Un chantier est en cours pour compiler les données sur les arbres (dans les parcs, l’espace privé, les communes). Ce projet pourrait à terme nous aider à mieux comprendre le phénomène des îlots de chaleur, pour adapter les projets d’aménagement et intégrer les risques spécifiques liés à notre territoire.
Ressources
- Feuille de route numérique de la Métropole, septembre 2025
- BD du numérique, tome 6 de la collection Imagine Demain du conseil de développement de Grenoble Alpes Métropole (C2D)
- REEN, la Loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France
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