Interview de William Meunier, chef du service Climat et Environnement à la Métropole

Interview de William Meunier, chef du service Climat et Environnement à la Métropole

TRANSITION ÉCOLOGIQUE RÉSEAU

Le 19 décembre dernier, le conseil métropolitain a voté l’arrêt du projet du Plan Climat Air Énergie Territorial 2026-2035. Il a été adopté à une large majorité (100 voix pour sur 119). Focus sur la méthode, le bilan, le contenu et les prochaines étapes à venir avec William Meunier, chef du service Climat et Environnement à la Métropole.

 

Quel bilan tirez-vous du Plan Climat 2020-2026 ?

Le début du PCAEM (2020) a été marqué par une actualité qui a freiné les projets (COVID, crise énergétique, inflation…) ; mais dans un contexte qui a aussi favorisé la prise de conscience des enjeux environnementaux (feux, sécheresse, canicules, inondations, rapports du GIEC…).

A mi-2025, les grands projets structurants ont été engagés ou réalisés : Biomax, nouveau centre de tri, Pôle R, réseaux de chaleur périphériques, ZFE… Plus de 300 actions étaient inscrites au Plan Climat 2020-2026. 90 % ont été réalisées ou sont en cours de mise en œuvre.
Elles ont été portées par de nombreux acteurs, et en particulier par les 35 communes (représentant plus de 95 % de la population) qui ont souhaité s'engager dans le plan. Ce bilan des actions des communes notamment est très positif.

La qualité du PCAEM et de sa mise en œuvre ont été reconnues à l’échelle nationale et européenne, à travers les labellisations "territoire en transition écologique climat air énergie" de l'ADEME et du label "European Energy Award", qui ont classé le territoire à la première place des métropoles françaises en matière de lutte contre le changement climatique. Une belle reconnaissance du travail effectué par la métropole et tous les partenaires du Plan Climat !

Quels sont les points clés à retenir de ce nouveau Plan Climat ?

En préambule, rappelons que la révision du Plan Climat, qui a débuté en septembre 2024, a été menée de façon collective, en associant l'ensemble des acteurs du territoire. Elle s'inscrivait dans la continuité des actions et réflexions engagées, sur lesquelles elle a pu largement s'appuyer : la Convention citoyenne pour le climat de 2022-2023, les concertations menées dans le cadre de l'élaboration du Plan local de l'habitat (PLH) ou de la définition de la stratégie économique métropolitaine, par exemple, ont constitué des apports précieux.

  • Le PCAET a vocation à constituer un véritable projet de territoire.
    La réglementation désigne la Métropole comme cheffe de file des politiques territoriales en matière de lutte contre le changement climatique et d'amélioration de la qualité de l'air. Compte-tenu de ses compétences, la Métropole est bien sûr un acteur majeur dans la mise en œuvre du plan climat, mais elle n'a pas vocation à porter toutes les actions qui y figurent. Par exemple, concernant la rénovation thermique des bâtiments, si la Métropole accompagne les porteurs de projet au travers du dispositif Mur Mur, ce sont bien les propriétaires qui décident in fine d'isoler ou non leurs bâtiments. L'atteinte des objectifs nécessite la mobilisation de tous les acteurs du territoire. Le nouveau plan a pour ambition de renforcer cet engagement collectif, en impliquant tous les acteurs : publics, privés, associations et habitants. Le programme d'actions a été construit afin de mieux donner à voir cet engagement collectif et les responsabilités de chacun.
    On ne parle d’ailleurs plus de PCAEM (Métropolitain) mais de PCAET (Territorial).

  • Adopter une trajectoire ambitieuse et réaliste, qui s’inscrit dans les objectifs européens et nationaux. Le projet de plan permet de rehausser significativement les objectifs, au-delà des objectifs nationaux et européens connus à ce jour, en se dotant d'une stratégie à court, moyen et long termes (2030 – 2035 – 2050). La phase de diagnostic, ainsi que les nombreux échanges avec les acteurs et habitants du territoire ont permis d'identifier les principaux leviers d'actions, mais aussi les freins à la mise en œuvre. Il s'agissait de trouver un équilibre, entre la volonté partagée d'aller plus loin et plus vite mais en tenant également compte des contraintes techniques, financières, etc.

  • Se donner les moyens d’une transition juste. La transition écologique et énergétique repose sur une transformation profonde de notre société, sur le plan sociétal, économique et technologique. Une contribution à la transition proportionnée en fonction des capacités de chaque acteur à agir a ainsi été recherchée.

Concernant la gouvernance, une réflexion est en cours pour ajuster les instances de gouvernance, de suivi et de pilotage, pour renforcer la participation et l'implication des acteurs. Des collèges (acteurs publics, conseil scientifique, acteurs économiques…) pourraient apporter des contributions concrètes au sein du Comité des partenaires. Pour la société civile, actuellement composée principalement d’associations, l'intégration d'un panel de citoyens, à travers des gens tirés au sort, permettrait une meilleure représentativité des points de vue sur le territoire.

Et concrètement ?

Le programme d’actions est structuré en 4 axes et 19 défis à relever

  1. L'atténuation, c'est à la réduction des émissions de GES et de polluants atmosphériques
  2. L'adaptation au changement climatique
  3. La mobilisation
  4. La gouvernance et le pilotage du plan

Chaque fiche-action intègre au moins un acteur principal et des acteurs impliqués, fait le lien avec les stratégies de référence (PLUI, Schéma directeur de l'énergie, Plan de déplacement des mobilités…), identifie les conditions de succès, les leviers à mobiliser, les indicateurs de suivi, le calendrier et dans la mesure du possible le budget associé.

Les actions sont classées selon les 3 enjeux traités : atténuation, adaptation et qualité de l’air ; certaines d'entre elles pouvant agir sur les 3 à la fois.

Sur le volet atténuation, le Plan s’inscrit dans la continuité du plan actuel, en rehaussant une partie des objectifs. La sortie des énergies fossiles (fioul et gaz) ou encore l’accélération de la rénovation thermique des logements font partie des actions-phare, qui s’inscrivent dans le nouveau Schéma directeur énergie qui constitue le volet "bâtiment" du Plan Climat. Les grands projets y sont évidemment inscrits, comme la création de nouveaux réseaux de chaleurs, la sortie du charbon sur les chaufferies de la Poterne et de la Villeneuve, le Service express régional métropolitain pour la mobilité, ou la production de biogaz à Murianette par exemple.

Dans le précédent Plan Climat, le sujet de l’adaptation était traité pour la première fois, et principalement à travers la question de la surchauffe. Il a été nettement consolidé sur les questions des conséquences du changement climatique et des risques associés. Le diagnostic nous a permis de partager les informations avec les acteurs du territoire, d’approfondir nos connaissances, de monter en compétences sur le sujet et de proposer un plan d’actions plus ambitieux. Outre la végétalisation et la désimperméabilisation, le programme d'actions intègre désormais la question de l'intensification des risques. Il s'agit notamment de développer et d'adapter les infrastructures de protection face aux crues dans le programme d'actions et de prévention des inondations (PAPI Drac, PAPI Grésivaudan…). Différentes actions visent également à renforcer la protection et la résilience des infrastructures essentielles (énergie, numérique, eau potable, transport).

Quelles sont les prochaines étapes ?

2026 sera l’année de la consultation sur le projet de PCAET. Le projet va être adressé aux personnes publiques associées (État, Région), et transmis à la Mission Régionale d’Autorité Environnementale pour avis. Les élus ont souhaité décaler la consultation publique afin de laisser le temps aux nouvelles équipes municipales de prendre connaissance du projet.
La consultation publique sera donc lancée à l'automne. Habitants, collectivités, acteurs publics et privés de la Métropole, territoires voisins, seront amenés à réagir et à contribuer au projet. Les modalités restent encore à préciser. Nous apporterons des réponses aux aux remarques et propositions, afin d'ajuster le projet en conséquence. La version finale du PCAET sera soumise au vote du conseil métropolitain début 2027.


Rappel des principales étapes

  1. Réalisation d’un diagnostic territorial (vulnérabilité, bilan des émissions, diagnostic socio-économique, etc.) – octobre 2024 à juin 2025
  2. Élaboration d’une stratégie reposant sur une modélisation des émissions à 2030-2035-2050 et d’un programme d'actions – juin à novembre 2025
  3. Réalisation d’une évaluation environnementale stratégique (EES) : juin à novembre 2025
  4. Arrêt du projet le 19 décembre 2025
  5. Mise à la consultation des personnes publiques associées, consultation publique : janvier à octobre 2026
  6. Adoption début 2027

Chiffres-clés

1 200 pages, 5 documents, 13 mois de travail

Objectifs

  • Émissions de gaz à effet de serre : - 65 % en 2030 par rapport à l'année 2005, neutralité carbone en 2050

  • Consommations d’énergie : - 40 % en 2030, - 58 % en 2050

  • Part de la production locale d'énergie renouvelable et de récupération dans la consommation énergétique : 34 % en 2030, 48 % en 2050

  • Respect de la valeur limite réglementaire en 2030 pour tous les polluants*

  • Moins de 1 % de la population exposée à des concentrations de NO2 > à la valeur guide OMS 2021

  • Moins de 50 % de la population exposée à des concentrations de PM2,5 > à la valeur guide OMS 2021


Liens utiles

Documents du projet

  • Délibération (synthèse du projet)
  • Diagnostic
  • Bilan de la concertation
  • Stratégie
  • Programme d’actions
  • Évaluation environnementale

Révision : actualité à mi-juin

Présentation du projet lors du Comité des partenaires du 18 décembre 2025


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