Interview de Céline Issindou, cheffe de projet service public de l’efficacité énergétique à la Métropole

Énergie, bâtiments et habitat TRANSITION ÉCOLOGIQUE

Le nouveau schéma directeur de l’énergie métropolitain vient d’être publié, en lien étroit avec le projet de révision du Plan Climat. Réduction des consommations dans le bâti et sortie du chauffage alimenté par des énergies fossiles sont les deux axes majeurs de ce plan d'ici à 2050. Tour d’horizon des objectifs et actions qui composent ce nouveau schéma avec Céline Issindou, cheffe de projet service public de l’efficacité énergétique à la direction transition énergétique et qualité de l’air de la Métropole.

Quelles sont les 3 avancées ou actions majeures qui ont marqué le dernier schéma qui datait de 2017 ?

  • La politique ambitieuse de rénovation de l’habitat et du tertiaire privé à travers le dispositif Mur Mur,

  • La création de nouveaux réseaux de chaleur bois métropolitains (à Gières et Pont-de-Claix), la construction de la centrale à bois Biomax alimentant le réseau de chaleur principal, et le remplacement de nombreux équipements de chauffages fossiles vers des chauffages à partir d’énergies renouvelables pour les bâtiments communaux via le fonds chaleur,

  • La création d’une régie pour équiper les bâtiments de la Métropole en panneaux photovoltaïques.

Comment et avec qui a été construit le nouveau SDE ?

Le dernier schéma a été approuvé en 2017. Réchauffement climatique, évolution des comportements, fluctuation des prix, évolution des orientations nationales… Le contexte a fortement évolué ces dernières années. C’était le moment de lancer la révision, concomitante avec la révision du Plan Climat. La révision a débuté en juin 2024 et s’est achevée en juin 2025.

Pilotée par la direction de la transition énergétique de la Métropole, elle s’est faite en concertation avec un groupe de travail politique et un comité de suivi technique réuni 6 fois et rassemblant des acteurs de l’énergie et de l’habitat (GRDF, GreenAlp, CCIAG, Enedis, ADEME, Forestenr, GEG, EDF, RTE, ALEC, Tenerrdis, TE38, bailleurs sociaux en Isère, AMORCE, DGEC) et les différentes directions concernées de la Métropole.

Quelles consommations d’énergie dans les bâtiments en 2030, 2035 et 2050 ? Quelles évolutions des modes de chauffage ? Quelle évolution des usages électriques ? Quelle production d’énergie renouvelable ? Quels impacts sur les réseaux de chaleur, d’électricité et de gaz de toutes ces évolutions ? La Métropole, propriétaire des réseaux, a besoin de construire une stratégie pour l’adaptation de ceux-ci aux nouveaux enjeux : c’est l’objectif du SDE.

La modélisation des données et les projections ont été menées avec l’aide de deux prestataires : les bureaux d’étude Artelys et AEC.

Différents scénarios et hypothèses ont été posés, éclairés par l’étude neutralité carbone réalisée en 2022/2023, une déclinaison des trajectoires de l’ADEME adaptée à la métropole grenobloise. Le schéma directeur de l’énergie 2022-2050 a été adopté en décembre 2025.

Comment résumer le nouveau Schéma en 2 lignes ?

On amplifie et on tend vers la neutralité carbone, à travers deux leviers principaux :

  • la réduction des consommations énergétiques,
  • la sortie des énergies fossiles dans les bâtiments du territoire.

L’un des axes forts de ce nouveau schéma est donc de diminuer le recours du gaz. Le gaz est aujourd’hui encore très présent dans les modes de chauffage. Par quoi peut-il être remplacé ? Quelles actions sont prévues ?

On observe une baisse importante de la consommation de gaz depuis ces 10 dernières années (– 35 % entre 2013 et 2022) liée aux hivers plus doux, à la baisse des consommations de gaz dans l’industrie, à la rénovation des bâtiments, au changement de systèmes de chauffage, ce qui conduit progressivement à une augmentation des coûts de distribution, payés par les abonnés.

L’une des solutions réside dans le déploiement massif du réseau de chauffage urbain principal et le développement de nouveaux réseaux de chaleur sur le territoire. Le nouveau paradigme consiste à raccorder au réseau de chaleur des bâtiments équipés de chauffage individuel au gaz, et des petits bâtiments collectifs (entre 10 et 20 logements), pour atteindre près de 30 % de logements raccordés. Une équipe dédiée au sein de la Direction de la transition énergétique travaille sur la poursuite de ce déploiement.

Parmi les actions à venir, un chantier « Sortie du gaz » a été confié à l’ALEC. Cartographie des alternatives, échanges avec les prescripteurs, travail sur le discours… font partie du plan d’actions pour, à moyen terme, supprimer des tronçons de réseau de gaz et arrêter d’investir dans de nouveaux développements.

Les autres modes de chauffage envisagés sont les pompes à chaleur, y compris géothermiques, le chauffage au bois, et le solaire thermique pour la production d’eau chaude.

Si le gaz diminue, la consommation d’électricité risque donc d’exploser dans les prochaines années ?

On observe déjà une baisse de 10 % entre 2010 et 2022 des consommations d’électricité, du fait notamment des hivers plus doux, des efforts collectifs autour de la sobriété, de la rénovation des logements, qui va se poursuivre.

En 2050, malgré l’augmentation à venir des usages de l’électricité : véhicules, pompes à chaleur, climatiseurs… la consommation d’électricité va rester stable. La suppression des chauffages non performants type grille-pain par des pompes à chaleur beaucoup plus efficaces, ainsi que le décalage de certaines consommations, notamment la recharge de véhicules électriques, permettront d’éviter de saturer le réseau lors des pics de consommation le matin et le soir.

La Métropole va poursuivre sa politique de réduction des consommations des bâtiments. Quelles nouvelles actions sont prévues ?

Avec près de 50 % de l’énergie finale consommée sur la Métropole en 2022, le bâtiment (résidentiel 28% et tertiaire 22 %) est le secteur le plus énergivore. Grâce à l’isolation, au changement massif des modes de chauffages et à une meilleure sobriété des usages, il est possible de limiter ses dépenses et de mieux vivre dans son logement, été comme hiver. À travers ses dispositifs mais également des animations ou opérations d’aller vers, la Métropole en lien avec l’Agence de l’énergie et du climat - ALEC, poursuit sa volonté de sensibiliser les habitants et de les inciter à mettre en oeuvre durablement, des comportements plus sobres et moins énergivores.

Le nouveau schéma prévoit une augmentation par deux de la part des énergies renouvelables. Quel plan d’actions pour atteindre cet objectif ?

Le réseau de chaleur urbain permet de mobiliser d’importants gisements d’énergies renouvelables (bois sous forme de plaquettes et granulés, déchets de bois, ordures ménagères, farines animales, biogaz). Demain, le réseau de chaleur consommera 100 % d'énergies renouvelables et de récupération (contre 85 % aujourd’hui), grâce notamment à la modernisation de la chaufferie de la Poterne vers un site 100 % bois et la rénovation de l’incinérateur à Athanor. L’objectif est d’alimenter de plus en plus de bâtiments à cette chaleur renouvelable et de récupération.

La métropole poursuit sa politique de renouvellement des appareils de chauffage au bois des particuliers pour diminuer les consommations et lutter contre la pollution des particules fines.

Fin 2027, le centre de méthanisation de Murianette va produire du biogaz grâce à la fermentation des déchets alimentaires des habitants du territoire.

Concernant la production solaire, une multiplication par 7 est prévue pour le photovoltaïque, ainsi qu’un triplement de la production solaire thermique et du recours à la géothermie.

Le nouveau schéma est en cours de diffusion ? Comment est-il partagé, suivi et piloté ?

Le schéma est piloté par la Direction de la transition énergétique. Nous disposons d’indicateurs d’activité par dispositifs. Un groupe de travail politique permet de suivre les actions. Nous sommes en attente des nouvelles équipes politiques pour les modalités de suivi à venir. Notre objectif à court terme est de partager et diffuser ce plan aux collègues de la métropole (aménagement, urbanisme, logement, développement économique…), aux communes, et plus largement aux acteurs et partenaires concernés, ainsi que d’enclencher avec les gestionnaires de réseaux d’énergie les mutations nécessaires.


Liens utiles

  • Organigramme de la DTE (à fournir)
  • Schéma directeur énergie 2025-2050

Chiffres-clés – Objectif 2050

  • - 42 % de consommations énergétiques entre 2022 et 2050
  • - 90 % de recours aux énergies fossiles dans les bâtiments

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